Centrafrique : Être veuve, retournée après trois ans sur un site des déplacés

une vue des femmes centrafricaines@onuinfo

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La situation des femmes veuves, vivant sur les sites des déplacés ou fraichement retournée après plusieurs années de déplacement, est pénible, comme témoigne ce reportage.

Visage grave au visage triste, habillée d’une robe ample en pagne à dominance bleu et d’un foulard du même tissu sur la tête, Bernadette nous reçoit, entourée de toute sa famille : Ses trois filles et son fils, ses 5 petits-enfants et sa tante maternelle, 10 personnels qui dépendent d’elle et pour laquelle elle se bat quasiment seule depuis près de 4 ans.

« Le père de mes enfants est décédé au mois d’août 2013, mes enfants et moi étions encore en plein deuil quand il nous a fallu fuir et abandonner notre maison avec la plupart de nos biens. Nous sommes réfugiés sur le terrain de l’aéroport international Bangui M’Poko, comme presque tous nos voisins. Un site sur lequel nous avons vécu 3 ans », a-t-elle témoigné.

Bernadette a suite à la demande du gouvernement quitté le site. « Comme vous le savez, le gouvernement nous a demandé de retourner chez nous. Malgré le fait que ma maison ait été entièrement détruite pendant les évènements, j’ai accepté les 50 000 FCFA offerts et ma famille et moi sommes reparties. Nous avons construit des tentes sur l’ancien emplacement de notre maison disparue. Malheureusement, quelques jours après ce retour, de nouveau coup de feu ont occasionné la mort de notre voisin, nous obligeant à fuir à nouveau. Cette fois-ci, je loue un 3 pièces au quartier SOCATI dans le 5e arrondissement où je vis avec les miens », a encore expliqué Bernadette.

Pour Bernadette, de pénible, la vie est devenue infernale. « Depuis presque 40 ans, j’ai vendu les légumes au marché de Km5. Des tomates, des gombos et piment que j’achète en gros au PK12. Je m’en sortais très bien d’autant plus que mon mari de son vivant s’occupait bien de nous. Mais à sa mort, les choses sont devenues assez difficiles. Je ne pouvais désormais plus compter que sur moi-même jusqu’au mois de décembre 2013 où les choses se sont dégradées »,  se rappelle Bernadette.

A ce moment-là, Bernadette se tait. Son regard tout à l’heure baissé sur sa petite fille Eliana que son déci a bercée et endormit sur ses genoux, son regard se lève et s’envole au lointain, vois les scènes d’horreur et de terreur parce qu’elle revit à cet instant. On la sent au bord des larmes, désemparée. Puis, doucement, on la sent revenir et son regard est de nouveau, celui de la femme forte, battante, courageuse qu’elle a toujours été.

Et tout naturellement, elle reprend son récit mais avec quelque chose de nouveau, de changé dans la voix. « Avant, je faisais de bons bénéfices par jour. Je gagnais facilement de 4.000 FCFA à 12.000 ou même 15.000 par jour. Et la marchandise était facile à trouver surtout facile à vendre. L’argent circulait vite et bien. Mais maintenant, c’est la galère. Avec l’insécurité dans les provinces, les légumes viennent difficilement. Je viens vers 11heures au PK12 pour rentrer vers 20 heures », regrette Bernadette.

Toutes les gymnastiques que Bernadette fait, c’est pour s’occuper de ses enfants dans une situation de vulnérabilité. « Je m’occupe de tout et je vous rassure que ça me dépasse », a-t-elle lâché avant de souligner qu’elle est dans l’incapacité de rembourser les 60.000 FCFA qu’elle avait emprunté pour les petits commerces, depuis aout 2016.

Malgré tous ces problèmes, Bernadette dit qu’elle ne peut pas baisser les bras, elle continuera toujours à se battre et c’est la vie d’une femme qui s’occupe seule de ses enfants. C’est ainsi que vit une femme veuve, déplacés et retournée de Centrafrique.

Cette publication est une série d’article appuyée par OXFAM, en faveur des femmes bloggeuses qui parlent des femmes déplacés et retournées. Le contenu n’engage pas OXFAM.

Elodie Taïnga Poloko

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