Centrafrique : Que s’est-il passé à Bangassou ?

Bangassou @TimG

Bangassou @TimG

Les violences ont repris hier 21 juillet 2017 à Bangassou, ville du sud-est de la Centrafrique qui a connu un regain de tension depuis le 13 mai 2017. Des dégâts ont été enregistrés autours du séminaire Saint Louis où s’est déroulé l’incident.

Selon les informations recueillis sur place, les miliciens nommés autodéfenses ont attaqué le site de distribution des vivres « Il y’avaient deux jeunes qui ont été retenus par des jeunes musulmans, les confondant aux autodéfenses et la nouvelle a gagné le terrain et a poussé les autodéfenses à pénétrer les lieux pour kidnapper une femme musulmane enceinte de 7 mois. Pris de colère, des musulmans déplacés à la paroisse ont pris en otage une dizaine de femme dont une journaliste de la radio communautaire Mbari et deux personnels de la Caritas », a relaté une source de la médiation locale.

Des dégâts ont été enregistrés avant la libération des otages. « Les déplacés musulmans ont incendié une dizaine de maisons autours de la paroisse Saint Louis. Les véhicules et motos de la paroisse ont été brulés, des bureaux de la Caritas saccagés. On ne pouvait que comprendre l’émission qui les a guidé et nous avons entamé une médiation », a relevé un membre du comité de médiation dans la ville.

La source a indiqué que suite aux échanges des tirs entre les casques bleus marocains et certains autodéfenses, deux gardiens de « MSF ont trouvé la mort et un homme qui revenait de l’hôpital ».

Pour la source, les négociations ont conduit à la libération et à l’échange des otages. « Mais la tension reste vive, surtout contre les casques bleus marocains accusés de protéger les musulmans dans leurs dégâts. La ville s’est vidé de sa population qui a trouvé refuse dans la brousse et sur les sites », a-t-elle ajouté.

Les informations de Bangassou indiquent que les autodéfenses réclament le départ de la communauté musulmane et des casques bleus marocains. « Une chose que nous n’accepterons pas. Mais nous demandons juste l’arrêt des violences, d’attaques ainsi que la campagne de la haine et les manœuvres de certains à sauter sur cette demande », a dit une autorité locale.

Il y’a quelques jours, deux véhicules humanitaires ont été pillés dans la ville. « Les autodéfenses accusent les humanitaires de vouloir exfiltrer les musulmans. Cela n’est pas vrai », a confié une source humanitaire.

Pour le moment, la tension reste vive dans la ville et le comité de médiation ainsi que le président de la jeunesse essayent d’apaiser la tension et lutter contre la campagne de la haine. La ville a connu une visite des hautes autorités de la Minusca, du gouvernement et le chef humanitaire de l’ONU Stephen O’Brien dans le but d’apaiser la tension et favoriser l’assistance humanitaire.

Six casques bleus marocains et cambodgiens ont été tués en mai dernier par ce groupe d’autodéfense dont la mode opératoire et la cible ne semblent pas être différentes des miliciens Anti-Balaka.

Fridolin Ngoulou

LE COORDONNATEUR HUMANITAIRE CONDAMNE FERMEMENT LES VIOLENCES CONTRE LES CIVILS A BANGASSOU

Bangui, le 22 juillet 2017 – La ville de Bangassou, dans la Préfecture du Mbomou (sud-est de la Centrafrique), a été à nouveau le 21 juillet le théâtre de violences intercommunautaires et d’actes de violence commis à l’encontre de populations civiles. Un lieu de culte, la cathédrale, a également subi des vols et d’importantes déprédations. Des personnels d’une organisation caritative et certains de leurs proches ainsi que des personnes déplacées ont été séquestrés. Des maisons ont été incendiées dans le quartier environnant.

Le Coordonnateur humanitaire en République centrafricaine, Najat Rochdi condamne fermement ces incidents « qui surviennent alors que la communauté humanitaire essaie toujours tant bien que mal de répondre aux besoins créés par l’attaque du 13 mai 2017 et dont Bangassou se remet à peine ». Des membres de groupes armés et des différentes communautés ont pris part à ces actes de violence. « Les incidents violents survenus sur le site de déplacés, dans les environs ainsi que la séquestration de civils et de travailleurs humanitaires ne sont pas acceptables et doivent être condamnés par tous », a souligné Najat Rochdi.

Le Coordonnateur humanitaire condamne également fermement les attaques contre les convois et installations humanitaires, le vol de biens et d’assistance destinés aux plus vulnérables et les menaces répétées contre les acteurs humanitaires dont la fréquence a sensiblement augmenté à Bangassou depuis la semaine passée. A cet égard, Najat Rochdi a insisté sur le fait que « toute attaque contre le personnel humanitaire et leurs installations constituent une violation grave dudroit international ». Elle a rappelé aux parties au conflit « leurs obligations de protection des civils. Cela implique qu’elles doivent s’assurer de leur sécurité, du respect de leur intégrité physique, de leur liberté de mouvement et de leur accès sans entrave à l’assistance humanitaire ».

Enfin, Najat Rochdi a souhaité attirer l’attention des auteurs des violences sur le fait que « de telles violences ne sont pas de nature à encourager les investissements nécessaires pour faire face à la situation humanitaire en Centrafrique. Elles vont à contre-courant des efforts colossaux entrepris par les autorités centrafricaines et la communauté internationale qui tentent de remédier à la crise humanitaire grave qui se déroule en RCA » a-t-elle ajouté.

 

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